Eleanor Rigby (1966) des Beatles ou l’ultra-moderne solitude selon Neuköln Photography (2021)

par | 17 Fév 2021 | Tasse de thé culturelle | 3 commentaires

All the lonely people
Where do they all come from ?
All the lonely people
Where do they all belong ?

(Refrain d’Eleanor Rigby des Beatles)

Eleanor Rigby, une symphonie tragique

Je pourrais écrire une thèse sur ce morceau, tellement il y a de lectures et d’interprétations possibles.

La dramaturgie confine au génie dans cette symphonie de poche composée par les quatre de Liverpool, alors au sommet de leur art.
L’écouter en boucle, c’est succomber à une obsession, tellement les cordes sont sublimes et subliment la tension que l’on sent s’échapper des paroles.

Des mots qui content une histoire tragique, d’absence, de solitude et d’incommunicabilité entre les êtres… Celle d’une femme qui vit dans ses rêves, à défaut de les réaliser, nettoie les églises après les mariages et attend on ne sait qui à la porte de chez elle… Celle du Père McKenzie qui écrit des sermons que personne n’écoute et reprise ses chaussettes, seul, le soir, chez lui.

Ce chef-d’œuvre pop absolu ne dure qu’à peine deux minutes… Imaginez qu’à l’époque, les Beatles ne jouent d’aucun instrument sur ce morceau, se contentant d’en assurer les chœurs. C’est George Martin, le cinquième Beatle, qui écrit la double partition du quatuor à cordes (quatre violons, deux altos et deux violoncelles) et qui accompagne la voix de Paul McCartney, s’inspirant volontairement de Bernard Herrmann, le compositeur attitré des films d’Alfred Hitchcock.

George Martin: the man who helped make the Beatles truly great.

En 1966, ce morceau a du être une claque monumentale pour ceux qui ont eu la chance de l’entendre pour la première fois. Il l’est encore plus d’un demi-siècle plus tard.

Alors, cette photo m’a inspiré ce morceau. Je l’ai prise pas loin de chez moi, dans cette vieille gare SNCF qui survit laborieusement dans ce monde où les services publics disparaissent les uns après les autres…

Cette dame était seule, attendant je ne sais qui, je ne sais quoi, un train qui ne passera sans doute jamais… comme une lointaine descendante d’Eleanor Rigby. Je lui ai demandé ce qu’elle faisait là avant de la prendre en photo. Elle me répondait qu’elle passait le temps car elle s’ennuyait chez elle. On a échangé quelques minutes sur son existence, sur nos quotidiens, pas si éloignés, finalement. On sentait une lassitude dans sa voix. Elle était accrochée à son portable comme si c’était l’unique moyen qu’elle avait trouvé de se raccrocher à la vie.

Maintenant, quand je passe devant cette gare, je pense à cette dame et à son portable. Peut-être a-t-elle finalement réussi à le prendre, ce train…

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3 Commentaires

  1. simon eric

    Un conte symphonique,

    Un conte, une allégorie magnifiés par une plume aussi belle que sensible, une chronique voyageuse conjuguant passé et présent au hasard d’un chemin où Thomas rencontre celle qu’il a semblé chercher depuis si longtemps, Eleanor Rigby.
    Les photos s’habillent toujours de noir et de blanc quand elles se veulent romantiques et tout le romantisme de Thomas s’y exprime avec talent,

    Merci pour ce beau voyage Thomas !

    Réponse
    • Isabelle Camus

      Et oui ! Petit Thomas est devenu grand ! Qui aurait dit, quand tu le voyais petit, qu’un jour tu lirais ses écrits sur Eleanor Rigby dans mon blog de blogueuse en série, Eric ! 😉 Bises !

      Réponse
    • Tomas Mitty

      Bonjour Eric

      Je te remercie pour ce retour qui me fait très plaisir !
      Effectivement, l’expression « chronique voyageuse » me plait beaucoup car c’est un peu l’idée de mon travail.

      Au plaisir !

      Réponse

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