À La Réole, un petit théâtre de cinquante places s’est imposé en deux saisons comme l’un des lieux culturels les plus singuliers du territoire. À sa tête, Élise Dubroca : comédienne, autrice, metteuse en scène et directrice d’un lieu qu’elle a imaginé comme un théâtre vivant. Pour inaugurer notre collaboration Jugeote x Les Balades d’Isa, avec Isabelle Wagner nous avons poussé la porte du 5 bis et rencontré celle qui, depuis trois ans, avec son répertoire, sa passion et sa ténacité fait vibrer la ville d’Art & d’Histoire qui est aussi la nôtre.
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© Isabelle Camus
Il était une fois, Élise Dubroca
Née à Paris mais profondément enracinée dans les Landes, Élise Dubroca porte en elle une double géographie : celle d’une enfance rurale, d’un père aviateur passionné, d’une mère sage-femme, et celle d’une culture artistique précoce. Le théâtre, les musées, les voyages façonneront très tôt son regard.
Mais c’est une difficulté — la dyslexie — qui va provoquer la rencontre fondatrice. Petite fille timide, en échec scolaire, Élise découvre dans les pièces de Pagnol une structure qui lui parle, un espace lisible, incarné. Puis vient un geste décisif : elle écrit sa propre pièce en CM2. De « mauvaise élève » à « autrice jouée », le théâtre devient pour elle un outil d’émancipation. Un moyen d’exister.

Elise Dubroca et théâtre sont des mots qui vont très bien ensemble © Isabelle Camus
De l’Interprétation à la création
Formée à l’école Jacques Lecoq, passée par les États-Unis puis par l’ENSATT, Élise commence comme comédienne dans les réseaux subventionnés. Mais très vite, une évidence s’impose : elle ne veut pas seulement interpréter. Elle veut créer.
Écrire. Monter ses projets. Défendre les auteurs vivants. Travailler sur ce qui nous traverse aujourd’hui.
Le théâtre contemporain devient son terrain de jeu et d’engagement.

© Isabelle Wagner
Le 5 BIS : Un théâtre né du confinement
Le projet d’ouvrir un lieu existait depuis longtemps. Le confinement agit comme un révélateur. Après une création stoppée net par la pandémie, Élise écrit une pièce « compatible Covid » pour jouer dans les jardins d’EHPAD. Elle refuse que le théâtre disparaisse.
De cette urgence naît une décision : ouvrir un lieu.
La Réole s’impose pour des raisons pratiques (une gare, la proximité des Landes) mais surtout par coup de foudre patrimonial. La rencontre avec le maire Bruno Marty valide l’élan. Le 5 bis ouvre en juin 2023.
Un théâtre de 50 places. Rouge et noir. Modulable. Sans scène figée. Avec un bar pensé comme cœur social.

© Isabelle Camus

© Isabelle Camus
Une boîte noire où tout est possible.

© Élise Dubroca
Un théâtre comme une maison
Le 5 bis n’est pas qu’un lieu de programmation. C’est un lieu de vie.
Élise y accueille les artistes chez elle. Littéralement. Les loges communiquent avec son jardin. Elle offre la soupe aux spectateurs. Elle a créé une « école du spectateur » pour accompagner des adultes vers d’autres scènes du territoire.
Elle a fondé une troupe amateur dès son arrivée à La Réole, avant même l’ouverture officielle. Pas un cours. Une troupe de création. Une aventure collective. Aujourd’hui, tout ce petit monde s’apprête à jouer en extérieur au Prieuré des Bénédictins de La Réole et en itinérance dans les châteaux alentour.

© Isabelle Camus

Le théâtre à la fois comme lien social et ancrage local.
Une économie fragile, un projet politique
Le taux de remplissage est excellent. Le public répond présent. Mais l’équilibre économique reste précaire. Petit budget. Artistes militants. Partage de recettes. Bénévoles — « les indispensables » — sans qui rien ne tournerait.

© Isabelle Camus
Élise défend un modèle : petites structures indépendantes, souples, audacieuses, capables de soutenir les écritures contemporaines et de proposer des séries (plusieurs dates pour roder un spectacle). Une résistance douce face aux grosses machines culturelles.
Elle rêve d’ouvrir davantage : danse, jazz, partenariats avec des entreprises locales, mécénat.

© Isabelle Camus

Vieillir, jouer autrement
Élise le dit avec lucidité :
Les rôles pour les comédiennes vieillissantes se raréfient.
Une constatation qui ne pouvait pas nous laisser insensibles, Isabelle et moi-même sommes toutes deux sexagénaires. Un sujet qui me concerne donc de près et dont j’ai même fait une rubrique dans Jugeote avec Mix’âge. Mais celle qui va rentrer dans cette décennie ne vit pas cela comme une perte. Ce qui compte, c’est d’être « dans le lieu du théâtre ».
La preuve, quand le moral flanche, elle s’assoit seule dans la salle. Et tout va mieux.
Le théâtre est devenu son piment, son ancrage, son axe.


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Un premier épisode fondateur pour inaugurer notre collaboration

@ Isabelle Camus

© Isabelle Wagner
Par une femme qui, elle aussi, a choisi de créer un lieu pour que les histoires continuent de circuler.
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Une collaboration qui fait sens
Avec Les Balades d’Isa, Isabelle Wagner capte la voix.
Avec Jugeote, je prolonge l’écho.

© Catherine Dubreuil

© Catherine Dubreuil
Entre le micro et l’écriture, il y a un espace :
celui où les histoires prennent forme, où les parcours se lisent autrement. Et où, parfois, un territoire se raconte enfin.
Raconter, et donner de la visibilité, graal de l’attractivité, c’est un métier.
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