Chaque jour, des milliers de mégots sont écrasés sur les trottoirs, voire au pied des arbres ou dans les jardinières urbaines par des inconscients considérant la nature comme un cendrier géant… Un geste banal (et sans gêne) pour certains, une pollution durable pour tous.
Car ce petit filtre, en apparence inoffensif, met plus de dix ans à se dégrader et peut polluer jusqu’à 500 à 1 000 litres d’eau.
Abandonné derrière soi, il ne disparaît pas. Il voyage.
Bouche d’égout, rivière, fleuve, océan : jeter un mégot au sol (sur le bitume, dans la terre, dans le sable sur la plage), c’est très souvent le jeter à l’eau.
Le sujet n’est pas nouveau. Chez Jugeote, on en parlait déjà il y a plusieurs années.
Mais il reste tristement d’actualité.
La bonne nouvelle ? Des solutions existent. Elles sont appliquées dans plusieurs villes et pays. Et elles fonctionnent !

Déjà, il y a quelques années, le sujet me travaillait…
Un mégot, des années de pollution
Un mégot de cigarette n’est pas biodégradable.
Son filtre est composé de cellulose acétate, un plastique qui ne disparaît jamais vraiment : il se fragmente en microplastiques persistants.
Pendant des années, il libère ce qu’il a retenu lors de la combustion qui encrasse les poumons :
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nicotine
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métaux lourds
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résidus chimiques toxiques
Dans l’eau, sa toxicité est redoutable.
Des études montrent qu’un seul mégot dans un litre d’eau peut suffire à provoquer la mortalité d’organismes aquatiques.
Petit déchet, gros poison.

Jeter par terre, c’est jeter en mer
Contrairement à une idée reçue, le mégot balancé sur un trottoir ne reste pas là.
Entraîné par la pluie ou le vent, il rejoint les bouches d’égout, puis les cours d’eau.
C’est ce que rappellent de nombreuses associations environnementales, dont Surfrider Foundation Europe :
« Le mégot est un fléau environnemental pour les rivières et les océans, car il peut polluer à lui seul jusqu’à 500 litres d’eau. »
Une fois dans l’océan, il contribue :
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à l’acidification des eaux
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à la contamination de la faune marine
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à une pollution chimique et plastique durable
Le vrai coût des mégots pour une ville
À l’échelle d’une collectivité, le mégot est également un problème économique.
À Paris, la collecte et le nettoyage liés aux mégots représentent environ 10 millions d’euros par an, pour près de 2 milliards de mégots ramassés chaque année.
À l’échelle nationale, on estime que la gestion des mégots coûte en moyenne 38 euros par an et par habitant, entre :
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main-d’œuvre
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matériel
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opérations de propreté urbaine

À l’échelle mondiale, la pollution liée aux filtres de cigarette représenterait environ 26 milliards de dollars par an, en incluant nettoyage, traitement des déchets et dommages aux écosystèmes.
Autrement dit :
un geste insignifiant devient une charge collective.
Punir, sensibiliser… ou faire réfléchir ?
Certaines villes ont choisi la sanction.
Dans la capitale, jeter un mégot au pied de la tour Eiffel peut coûter jusqu’à 68 euros d’amende.
D’autres ont opté pour des approches plus pédagogiques — voire ludiques.
À Londres, la fondation Hubbub a installé des cendriers-sondages invitant les fumeurs à voter avec leur mégot :
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Chien ou chat ?
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Qui gagnera le derby ce week-end ?
Résultat :
• moins de mégots au sol
• plus de mégots collectés
Comme quoi, faire sourire peut parfois être plus efficace que punir.
Du déchet à la ressource : recycler plutôt que subir
En France aussi, des solutions existent.
Des structures comme Ecomégot (à Bordeaux) ou MéGO! (en Bretagne) prouvent qu’on peut transformer un déchet toxique en ressource.
Collectés, triés puis dépollués, les mégots voient le plastique de leurs filtres réutilisé pour fabriquer :
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du mobilier urbain
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des palettes
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des cendriers
Une boucle vertueuse qui :
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allège les trottoirs
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préserve les eaux
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donne enfin un sens concret au mot recyclage
Quand les cendriers ne coûtent (presque) rien aux villes
Information importante, souvent méconnue :
les collectivités ne financent pas seules l’installation de cendriers urbains.
Depuis la mise en place de la Responsabilité Élargie du Producteur (REP) pour les mégots, les fabricants de cigarettes sont désormais tenus de contribuer financièrement à la gestion de ces déchets.
Concrètement, cela signifie que :
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les marques de tabac financent une partie – voire la totalité – des dispositifs de collecte,
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les villes peuvent bénéficier de cendriers gratuits ou fortement subventionnés,
-
l’attribution du matériel se fait en fonction du nombre d’habitants de la commune.
Autrement dit, plus une ville est peuplée, plus elle peut prétendre à un volume de cendriers adapté à sa taille, sans peser lourdement sur son budget municipal.

Pour les petites et moyennes communes, c’est un levier particulièrement intéressant :
moins de mégots au sol,
moins de nettoyage,
moins de pollution de l’eau,
et un coût maîtrisé, voire quasi nul pour les finances locales.
Un dispositif gagnant-gagnant, où la prévention coûte souvent moins cher que la réparation.
Ainsi Bordeaux en a disséminé environ 200 au 4 coins de la ville.

Et si La Réole emboîtait le pas ?
À l’échelle d’une ville comme La Réole, les coûts ne se chiffrent pas en millions.
Mais chaque mégot ramassé mobilise du temps, du personnel et de l’argent public.
Sur les quais, dans les ruelles, près du fleuve, ces filtres abandonnés finissent toujours par rejoindre l’eau.
Installer des cendriers de collecte,
travailler avec une filière de valorisation,
sensibiliser habitants et visiteurs :ce sont des actions simples, concrètes et parfaitement à la portée d’une ville attentive à son cadre de vie.
Pour une cité labellisée Art & Histoire, voir les pavés tapissés de filtres toxiques, ça donne juste envie de pleurer.


Une affaire de civisme… et de jugeote
Parce qu’une ville propre n’est pas seulement une affaire de balais ou de services techniques.
C’est une affaire de civisme, de responsabilité, d’écologie.
Et, disons-le franchement, un chouïa de jugeote, aussi.




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