Découvertes et Femmes de sciences, ça fait mâle !

par | 3 Fév 2018 | Ovaires the rainbow | 3 commentaires

Le pot de départ en retraite de Katherine Johnson, dernière des trois »Figures de l’ombre« , devait manquer de punch. Il lui aura fallu attendre 30 ans pour recevoir des mains de Barack Obama, en novembre 2015, la médaille de la liberté, la plus prestigieuse récompense civile américaine, pour avoir contribué avec Dorothy Vaughn et Mary Jackson, au succès de la mission Apollo, destination… la Lune. Triple peine : Femmes de sciences ET afro américaines !

Katherine Johnson, femme, noire et mathématicienne de génie

NASA research mathematician Katherine Johnson is photographed at her desk at NASA Langley Research Center with a globe, or « Celestial Training Device. »

 

Katherine Johnson récompensée par Barack Obama à l'âge de 97 ans

En 2015, Johnson a obtenu la médaille présidentielle de la Liberté. L’année suivante, elle est intégrée dans la série les 100 femmes d’exception de la BBC.

Pour donner une suite à la rubrique Ovaires the rainbow, et dans la série, partage des tâches, acte II,  on pourrait parler d’une autre situation abusive, celle entre couples de savants.

Genre papa pique et maman coud ? Non, ce n’est pas la parabole de la reproduction chez les plus lourds que l’air pour engendrer du génie, mais plutôt celle du gars qui se fait applaudir parce qu’il a allumé le barbecue tandis qu’en coulisse sa femme assurait tout le reste.

Pour un jeune Jedi qui se lève la nuit pour donner le biberon sans poster la performance sur Instagram, il y a sur l’étoile noire, des plagiaires XY gonflés XXL. Pire et moins drôle que le Félix est une ordure de Zézette épouse X qui picole les allocs, nous sommes avec ces messieurs sur le dessus du panier.

Des hommes, éduqués, érudits, instruits, ambitieux, brillants, propre sur eux, la crème, l’élite… stop n’en jetez plus, vous apercevez l’usurpateur derrière l’homme public et, bien sûr, pour un max de watts de la lumière, dans l’ombre c’est la ouate qui étouffe les mérites féminins. Les femmes de sciences sont bien placées pour le savoir.

Femmes de sciences ni vues ni reconnues

« Femmes de sciences », des mots qui riment souvent avec « se faire spolier »

  • Esther Lederberg (1922-2006)

Esther Lederberg (1922-2006), une des femmes de sciences spoliées.

Mariée à Joshua Lederberg, Esther a fait des découvertes décisives sur l’accouplement des bactéries mais c’est l’époux qui décrocha en solo le prix Nobel de Médecine en 1958, pendant qu’Esther faisait la vaisselle.
Marie Curie est en tête de gondole dans le quizz des femmes savantes. Ensuite, on rame un peu pour citer une autre femme level prix Nobel, car c’est la tribu des poils aux pattes du club des têtes aussi grosses que le culot sans vergogne et de connivence qui commit ce hold-up de la honte.

  • Lise Meitner (1878-1968)

Lise Meitner (1878-1968) une des Femmes de Sciences spoliées.

On lui doit la découverte de la fission nucléaire. Mais en 1938 autrichienne, femme et juive ce n’est pas le tiercé gagnant. Du coup, son nom a été effacé de toutes les publications sur le sujet au profit de son collègue et ami de longue date, Otto Hahn. Bien que nommée trois fois, elle ne recevra jamais un seul prix Nobel bien mérité.
Sympa, le copain !

  • Rosalind Franklin (1920-1958)

Rosalind Franklin (1920-1958) une des Femmes de sciences spoliées.
Deux prix Nobel en-volés! Celui de médecine capté par Crick et Watson pour ses travaux sur la structure de l’ADN (la double hélice), puis le Nobel de Chimie pour ses travaux sur la structure des virus attribués, eux, à Aaron Klug.
Et, quand ça veut pas, ça veut pas, elle mourra à seulement 37 ans d’un cancer de l’ovaire (et là pas d’arc-en-ciel), probablement dû à sa surexposition aux radiations. Ambiance !

  • Jocelyn Bell Burnell (née en 1943)

Jocelyn Bell Burnell (née en 1943) une des Femmes de sciences spoliées.

Etudiante à Cambridge en 1967, Jocelyn Bell Burnell découvrit le premier pulsar. Mais, utilisant comme excuse le fait qu’elle n’était qu’une élève, le comité Nobel a décidé de récompenser son directeur de thèse, Antony Hewish, à sa place. Une injustice qui, en 1974, fit un vrai scandale auprès de la communauté scientifique convaincue que Jocelyn Bell Burnell n’avait pas été récompensée en raison de son sexe.

  • Cecilia Payne (1900-1979)

Cecilia Payne (1900-1979) une des Femmes de sciences spoliées.
De Wendover, Cecilia devra s’exiler de son Angleterre natale vers les States juste pour avoir le droit de faire de la recherche. Bonne pioche, c’est à Harvard qu’elle découvrira la présence des 98% d’hydrogène et d’hélium composant les étoiles. Pourtant, le professeur Henry Russell la dissuadera de publier le résultat de ses recherches, prétextant que « le monde n’était pas prêt à accepter que la Terre et les étoiles n’aient pas une composition identique ». D’autorité, de forfaiture et de toupet, il publiera lui-même l’article s’en attribuant tout le mérite, sans citer son élève bien sûr.

  • Nettie Stevens (1861-1912)

Nettie Stevens (1861-1912) une des Femmes de Sciences spoliées.

Nettie aurait du recevoir le Prix Nobel de physiologie ou de médecine en 1933 pour ses découvertes sur le chromosome et l’hérédité, mais c’est Thomas Hunt Morgan classé grand généticien du XXe siècle qui décrocha la timbale. Après tout, Nettie Stevens, qui avait découvert en 1905 que le sexe de l’enfant était déterminé par les chromosomes, n’était que son employée au Bryn Mawr College. Petit, petit T.H. Morgan.

Aux usurpateurs sans con/science

L’histoire, discrète sur le sujet, nous apprend un peu tard que  la science comporte son quota d’usurpateurs.  L’élite telle un  biotope  présentant des conditions de vie homogènes dans lequel le mari, le collègue « de bureau » ou la hiérarchie jouent à pousse-toi de là que je m’y mette. Pas de bol, c’est au détriment de Madame et je ne connais pas de versa à ce vice où le mâle dominant ne profite pas de sa position pour enfumer son monde.

Alors, s’il reste des poils aux pattes pour tenter l’aventure du plagiat, de la subornation et de la spoliation à l’endroit de « l’avenir de l’homme », n’oubliez pas que « la parole se libère »  et que l’actualité d’aujourd’hui, c’est l’histoire de demain !

Partager Sur

Jugeote animera les tables rondes du

3 Commentaires

  1. BOYER

    Incroyables ces spoliations ! Nous revenons vraiment de loin et il y a encore du chemin à parcourir ….. merci en tous cas de mettre ces femmes à l’honneur .

    Réponse
    • Isabelle Camus

      C’est vrai qu’elle le valent bien ! Et pas à cause de leur après-shampoing ou la longueur de leurs cils ! 😉

      Réponse
  2. eric simon

    Un article remarquable pour dénoncer à travers la stigmatisation des femmes de science la précarité de leurs statuts par rapport aux hommes et à la société.Mais l excellence de cet article tient dans sa riche documentation. En effet qu isabelle parlant de Marie curie qui rafla au passage deux prix nobel semblerait un peu facile il lui aura fallu un sacré travail de recherche pour citer les noms de Cecilia Payne et Jocelyn Bell Burnell des scientifiques moins bien médiatisés et si importantes pour l astrophysique
    Comme ce blog est un lieu de partage je voudrais citer Vera Rubin qui fut l une des premières a théoriser l existence de la matière noire
    serialblogueuse nous interpelle et frappe très fort, bravo

    Réponse

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

À découvrir

AUSSI