Ces derniers jours, j’ai navigué avec bonheur entre deux univers que tout semble opposer. D’un côté, la ferveur lumineuse des polyphonies sacrées, la verticalité des voix, l’élévation mystique du dernier disque de l’ensemble Vox Cantoris dirigé par Jean-Christophe Candau : Semaine Sainte À Mexico (16ᵉ–18ᵉ s.).
De l’autre, l’intensité d’un garçon de 30 ans qui, en mode piano/voix, déclame l’autopsie d’un amour moderne. Deux mondes. L’un tourné vers le ciel. L’autre vers les failles humaines. Et pourtant, la même exigence. Le même souffle. La même passion du verbe (l’un en latin et l’autre en français d’aujourd’hui). Dans les deux cas, une cause commune : tenter de mettre en musique ce qui nous dépasse. Que ce soit de manière liturgique ou poétique.
C’est dans cet écart fécond que s’inscrit Amour flingué, le premier morceau de Pierre-Nicolas Marqués, aka Motsdumarquis, ou plus simplement Marquis, qui est venu se raconter à La Réole, la ville dont vous n’avez pas fini d’entendre parler, parce qu’elle le vaut bien (et pas juste à cause des inondations…). Rencontre avec un auteur-poétiseur qui fait tout pour aller au bout de ses rêves.

Amour flingué ou comment transformer les chutes en élan
Pierre-Nicolas Marqués avance comme il pédale : avec obstination.
Avant la chanson Amour flingué, sujet de ce billet, il y a eu, comme vous devez le savoir si vous me suivez, le vélo. La passion pour le Tour de France. Et un livre : Mémoires en roues libres, publié en 2024 aux éditions Cairn, né d’une traversée des Pyrénées au profit de la Fondation Recherche Alzheimer dont j’ai abondamment parlé dans ces colonnes. Un défi sportif, certes. Mais surtout un passage. Une quête. Un chagrin d’amour transformé en mouvement.

Car la conviction de Pierre-Nicolas est simple :
On ne guérit pas là où l’on est tombé malade.
Alors il part. Il écrit. Il transpire. Il transcende.
Sur les réseaux, Motsdumarquis s’est imposé par une forme singulière : aller vers les passants de Bordeaux ou Paris et leur dire simplement « Je vais te dire un truc qui va te faire du bien. » Puis déclamer. La poésie devient rencontre. Le verbe devient passerelle. La littérature quitte les étagères pour revenir au cœur.
Amour flingué : autopsie d’un sentiment amoureux
Le single Amour flingué paraît symboliquement le jour de la Saint-Valentin.

© Pèj
Le titre claque. Mais derrière la frontalité, il ne s’agit pas de détruire l’amour. Il s’agit de l’examiner. De le disséquer. De comprendre pourquoi, aujourd’hui, tant d’histoires se fracassent contre leurs propres illusions.
Relations rapides. Idéalisation permanente. Amour-béquille. Attente d’un sauveur.
Dans Amour flingué, Marquis pose une phrase essentielle :
On ne peut pas attendre de l’autre qu’il règle ce que l’on n’a pas affronté en soi.
Le texte naît dans un train vers Paris, après une rupture brève mais intense. Car pour lui, la durée ne mesure rien. Seule compte l’intensité. Tête contre la vitre, paysage en mouvement, l’écriture surgit.
Le morceau se construit par fragments, par retours, par nécessité.
Une mélodie née dans une librairie
La chanson Amour flingué aurait pu rester un texte.
Elle trouve sa musique à Bordeaux, autour d’un piano, dans une librairie. Des répétitions après la fermeture. Un piano désaccordé. Une mélodie qui surgit enfin.
Puis le studio Berduquet dans l’Entre-deux-Mers. L’enregistrement. Le clip Amour flingué, désormais disponible sur YouTube.

Chez Marquis, les synchronicités ne sont jamais loin. Mais derrière la magie apparente, il y a surtout du travail. De la discipline. De l’obstination. Et la capacité de cultiver sa chance.
Doute, discipline et scène
On lui parle de Brel. De cette manière de porter les mots avec les tripes. De la déclamation.
Il accueille le compliment avec pudeur.
Car derrière l’énergie, il y a un garçon anxieux. Un garçon qui doute. Et qui considère ce doute comme son moteur.
Le doute empêche la paresse.
Le doute oblige à se bouger.
Cours de chant. Travail de la présence scénique. Un spectacle de stand-up poétique en préparation pour 2027.
Toujours avancer.

Une amitié en roue libre
Je vais l’écrire simplement, factuellement.
Pierre-Nicolas a 30 ans.
J’en ai 65.
Trente-cinq années nous séparent. Et pourtant aucune distance.
Quand il m’a contactée il y a quelques années, son livre n’existait pas encore. Il était dans sa tête. Nous avons discuté trois heures au téléphone. Puis plein d’autres à pas d’heure. Le vélo nous avait reliés. Les mots nous ont ancrés.


Ce n’est ni une relation mère-fils, ni un mentorat. C’est un compagnonnage.
Nous sommes reliés par le vélo — cet entêtement à avancer malgré la pente.
Nous sommes reliés par l’amour des mots — cette conviction que l’écriture peut réparer.
Dans un monde obsédé par les cases générationnelles (j’en ai même fait une rubrique pour y pallier), je trouve précieux qu’une amitié comme la nôtre existe.
Il avance. Je l’encourage.
J’avance. Il m’encourage.
Et au fond, c’est peut-être ça, le vrai bonheur : évoluer entre les mondes et se reconnaître dans l’élan de l’autre.
Bonne écoute !
🎧 Repères
Artiste : Pierre-Nicolas Marqués
Nom d’artiste : Motsdumarquis/Marquis
Single : Amour flingué
Sortie : 14 février 2026
Clip : disponible sur YouTube (chaîne Motsdumarquis)
Plateformes : Spotify, Apple Music, Deezer et toutes plateformes de streaming
Photos : Creative perspective studio
Et très prochainement un site Internet devrait voir le jour…





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