Le dimanche 9 août 2026 à 18 heures, l’église Saint-Pierre de La Réole accueillera un concert d’orgue dessiné et conté unique en Sud Gironde. Avec Gargantaz et l’Envol du Phoenix Blanc, musique improvisée, récit, dessin en direct, légendes gasconnes et préoccupations écologiques et humaines vont se rencontrer dans une création originale imaginée par l’association des Amis de l’orgue de La Réole.
Bien plus qu’un concert, ce spectacle propose une nouvelle manière de découvrir un instrument souvent associé au seul répertoire sacré. Ici, l’orgue dialogue avec le conte, les arts visuels et l’imaginaire pour raconter le territoire. Son intention : s’adresser aussi bien aux enfants qu’aux adultes et décloisonner les genres pour mieux renouer avec nos racines.

L’orgue de l’église Saint-Pierre de La Réole sera au cœur du concert dessiné et conté « Gargantaz et l’Envol du Phoenix Blanc ».
Un orgue réolais revenu de loin
L’association des Amis de l’orgue de La Réole a été créée avec un objectif ambitieux : permettre le retour de l’instrument sur sa tribune d’origine.
Construit au XVIIIᵉ siècle, l’orgue réolais a connu une histoire mouvementée. Démonté à la Révolution, il fut transporté à Bordeaux, transformé et successivement installé dans plusieurs édifices, notamment à la cathédrale Saint-André puis à l’abbatiale Sainte-Croix. Retiré de la tribune puis conservé en caisse pendant plusieurs années, il semblait promis à l’oubli jusqu’à la mobilisation de Réolais déterminés à le faire revenir.
Le projet aboutit en 2015. Les éléments anciens — tuyaux, mécanismes et claviers — furent réintégrés dans un buffet contemporain, tandis que de nouveaux jeux permirent d’élargir ses possibilités musicales.
Son inauguration, prévue le 13 novembre 2015, coïncida avec les attentats de Paris et du Bataclan. L’événement fut maintenu, donnant dès son retour à l’orgue une dimension profondément humaine et symbolique.

© Isabelle Camus.
Catherine Torralba : faire vivre l’instrument et aller au-delà de son utilisation classique
Présidente de l’association, organiste titulaire et conservatrice de l’instrument, Catherine Torralba, qui signe ses textes Isabel Ibarbia, ne souhaite pas enfermer l’orgue dans une image élitiste.
Issue d’une famille de musiciens et formée au piano avant de se tourner vers l’orgue, elle entretient avec cet instrument une relation ancienne, ponctuée d’empêchements, de reprises et de rencontres décisives. Fait troublant : lorsqu’elle était jeune, elle avait entendu et désiré jouer l’orgue alors installé à Bordeaux, sans savoir qu’elle deviendrait, plusieurs décennies plus tard, la titulaire de ce même instrument revenu à La Réole.
Son ambition est désormais de lui « donner une voix » et une véritable fonction culturelle dans la ville. Elle souhaite aller à la rencontre des habitants avec des propositions parfois inattendues, créatives ou décalées, au-delà du concert d’orgue traditionnel.
Concerts de musiques de films, créations originales, collaborations avec des dessinateurs, conteurs ou musiciens, actions pédagogiques avec l’école de musique : Catherine Torralba multiplie les initiatives pour donner à l’instrument une place vivante dans la cité, tout en continuant à faire entendre le grand répertoire.
Elle travaille notamment avec l’école de musique afin que les jeunes pianistes puissent découvrir l’orgue et monter à la tribune. Elle a également créé un Challenge organiste junior, conçu non comme un concours, mais comme une invitation à progresser, à improviser et à donner le meilleur de soi-même sans chercher à surpasser les autres.
Un conte fantastique écrit pour l’orgue et pour La Réole
Gargantaz et l’Envol du Phoenix Blanc est un conte original écrit par Isabel Ibarbia spécialement pour l’orgue de La Réole.
L’histoire puise son inspiration dans l’imaginaire fantastique, les légendes gasconnes et l’environnement local. Gargantaz, créature monstrueuse venue d’une autre dimension à la faveur d’un violent orage, menace de dévorer les collines, d’engloutir les ressources et de boire la Garonne.
Les humains, qui ne perçoivent pas immédiatement le danger, restent en retrait. Ce sont les êtres de la nature — les ruisseaux, le vent, les animaux, les arbres et les éléments du paysage — qui donnent l’alerte et cherchent un moyen d’affaiblir le monstre. Ils découvrent alors que l’harmonie des sons le fragilise.
Le récit convoque également d’anciennes légendes des bords de Garonne, notamment celle d’une sorcière combattue grâce à des flûtes fabriquées dans le bois de saule. Cet épisode permet de faire entendre l’un des jeux particuliers de l’orgue : le salicional.
Mais face à Gargantaz, les petits bruits de la nature ne suffisent plus. Il faut une puissance capable de faire trembler les voûtes : celle de l’orgue.
Dans le conte, l’instrument ressemble à un grand oiseau blanc perché sur sa tribune. Il se métamorphose alors en Phoenix Blanc et répand sur la ville ses plumes musicales. La population, les clochers et les éléments du territoire se transforment symboliquement en autant de tuyaux d’orgue, jusqu’à former une immense symphonie capable de terrasser Gargantaz.
Le monstre n’est toutefois jamais définitivement vaincu. Il peut revenir, comme peuvent renaître les menaces qui pèsent sur la nature et ses ressources. Derrière le merveilleux, le conte propose ainsi une lecture écologique et contemporaine.
L’imaginaire gascon, une mémoire vivante de notre territoire
En puisant dans les légendes gasconnes, Gargantaz et l’Envol du Phoenix Blanc ne convoque pas seulement des créatures merveilleuses : il renoue avec un patrimoine immatériel qui a façonné l’identité du Sud-Ouest pendant des siècles.
Longtemps transmis oralement de génération en génération, les contes, les légendes et les récits populaires racontaient autant le territoire que les femmes et les hommes qui l’habitaient. Ils donnaient une âme aux rivières, aux forêts, aux collines, aux animaux et aux phénomènes naturels, bien avant que le patrimoine ne soit essentiellement associé aux monuments et aux édifices.
Ces histoires permettaient aussi de transmettre des valeurs, des peurs, des avertissements et une certaine manière d’habiter le monde. Elles exprimaient le rapport d’une population à son environnement, à sa langue et à sa mémoire collective.
À une époque où les références culturelles tendent à se mondialiser, faire revivre cet imaginaire gascon n’a donc rien d’anecdotique. C’est rappeler que chaque territoire possède ses propres récits fondateurs, ses héros, ses créatures et ses paysages imaginaires. C’est aussi permettre aux nouvelles générations de comprendre que leurs racines ne se résument pas à une géographie ou à une architecture, mais qu’elles sont faites de mots, de musiques, de croyances et d’histoires partagées.
En donnant une nouvelle vie à cet héritage oral à travers l’orgue, le conte, le dessin et l’improvisation, Gargantaz et l’Envol du Phoenix Blanc montre que nos racines ne nous enferment pas dans le passé. Elles peuvent, au contraire, nourrir la création contemporaine, stimuler l’imaginaire et continuer à relier les générations.
Un concert d’orgue dessiné réunissant quatre artistes
Le spectacle repose sur la rencontre de quatre artistes et de quatre formes d’expression.
À l’orgue, Stéphane Éliot, reconnu pour ses improvisations et ses interprétations de musiques de films, créera en direct l’univers musical du conte. Catherine Torralba l’a déjà invité à La Réole pour des concerts consacrés aux bandes originales et aux séries. Ses interprétations, notamment de la Marche impériale de Star Wars, avaient montré combien l’orgue pouvait aller au-delà du seul répertoire liturgique et toucher un large public conquis.
@isabelle.jugeote Star wars interprétée à l’orgue de La Réole – par Stephane Eliot , église Saint-Pierre, le 8/8/2024 #starwars #musiquesdefims #darkvador #culte #geekculture #JohnWilliams ♬ son original – Isabelle Camus
Stéphane Éliot connaît déjà très bien l’orgue de La Réole et ses possibilités sonores. Il pourra ainsi accompagner chaque transformation du récit, depuis les murmures de la nature jusqu’au déploiement majestueux du Phoenix Blanc.

Stéphane Éliot retrouvera l’orgue de l’église Saint-Pierre de La Réole pour donner vie au conte « Gargantaz et l’Envol du Phoenix Blanc ».
Le récit sera porté par Éric Roulet. Celui-ci a enseigné la langue occitane pendant deux ans au collège de La Réole. Également musicien — cornemuse des Landes de Gascogne, flûtes et fifre —, conteur et compositeur, il est le directeur artistique de Gric de Prat, groupe créé en 1994.
La compagnie propose des récits bilingues occitan-français, des chants traditionnels ainsi qu’un répertoire mêlant musique populaire et musique savante. Auteur de plusieurs ouvrages consacrés aux contes et aux légendes, Éric Roulet apportera au spectacle sa connaissance de la tradition orale gasconne. Certaines expressions seront même proposées dans les deux langues, occitan et français.

Éric Roulet apportera au concert dessiné sa voix de conteur et sa connaissance de la culture occitane et gasconne.
Adrien Demont, dessinateur et illustrateur, fera évoluer sous les yeux du public un dessin réalisé sur de grandes feuilles de papier kraft. Filmé puis projeté sur écran, son travail se transformera au fil du récit. Il pourra effacer, recouvrir, souffler des pigments ou métamorphoser un paysage, faisant du dessin une véritable narration en mouvement.

Adrien Demont réalisera en direct une œuvre évolutive, filmée et projetée pendant le concert d’orgue.
Enfin, Isabel Ibarbia signe le texte et conçoit cet univers inspiré du patrimoine, de la nature et des légendes gasconnes.
L’orgue sera mis en lumière dans une ambiance bleu nuit et or, en écho à la période artistique actuelle d’Adrien Demont. L’éclairage, le dessin projeté, la voix et les improvisations musicales envelopperont le public dans une atmosphère céleste et onirique.

Un concert d’orgue pour les enfants comme pour les adultes
Le concert dessiné et conté est conçu pour les adultes comme pour les enfants. Le dessin en direct permet aux plus jeunes de suivre visuellement l’histoire, tandis que le récit, les références au patrimoine réolais, l’improvisation musicale, les légendes gasconnes et la dimension écologique offrent plusieurs niveaux de lecture.
Le spectacle s’inscrit également dans une volonté plus large : faire de l’orgue un patrimoine appartenant à toute la ville, quelles que soient les convictions de chacun. Les expériences menées avec des enfants dans le cadre scolaire et périscolaire ont d’ailleurs montré que l’orgue était bel et bien un instrument pour tous.
Instrument monumental par sa taille et sa puissance sonore, il peut impressionner, émouvoir, faire rire, raconter une histoire ou accompagner les images. En le faisant dialoguer avec le dessin et le conte, le spectacle permet de le découvrir autrement et de le rendre immédiatement accessible à celles et ceux qui n’assistent habituellement pas à des concerts d’orgue.
Une balade estivale sur les chemins des orgues en Sud Gironde
Ce rendez-vous réolais constitue la dernière étape de la première Balade estivale sur les chemins des orgues en Sud Gironde.
Après Saint-Macaire en mai, Langon en juin et Preignac en juillet, le concert dessiné du 9 août clôturera ce parcours organisé sous le nouveau label Orgues en Sud Gironde.
Celui-ci vise à mieux faire connaître les instruments du territoire et à proposer autour d’eux des formes artistiques renouvelées. Une manière de mettre en réseau les orgues du Sud Gironde, de valoriser leur histoire et d’inviter le public à les découvrir au fil d’un véritable itinéraire culturel et patrimonial.
Informations pratiques
Gargantaz et l’Envol du Phoenix Blanc
Concert d’orgue dessiné et conté pour tous les publics
Dimanche 9 août 2026 à 18 heures
Église Saint-Pierre – La Réole
Avec :
Stéphane Éliot, orgue et improvisations
Adrien Demont, dessin en direct
Éric Roulet, récit
Un texte original d’Isabel Ibarbia
Tarif : 15 euros
Gratuit pour les moins de 15 ans
Contact : [email protected]
Revenu à La Réole en 2015 après un long exil bordelais, l’orgue continue aujourd’hui d’écrire son histoire. Avec Gargantaz et l’Envol du Phoenix Blanc, il ne sera plus seulement un instrument de musique, mais un véritable personnage de conte, capable de faire dialoguer patrimoine, création artistique, préoccupations écologiques et imaginaire gascon.
Une manière de rappeler que conserver un patrimoine ne consiste pas seulement à le protéger : il faut aussi lui permettre de parler au présent, de nourrir notre imaginaire et de nous reconnecter à nos racines.




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