Père Narcisse, du Bénin à La Réole, un sacerdoce pour étudier… et rassembler

par | 11 Août 2026 | 100% La Réole, À la Une | 0 commentaires

Il aurait pu être avocat… ou basketteur, voire footballeur. Il est prêtre depuis dix ans. Voici le portrait du père Narcisse, rencontré le 5 août 2026  au P’tit Marché du mercredi, avant de le retrouver quatre jours plus tard dans un tout autre décor, en l’église Saint-Pierre de La Réole, où il célébrait son dixième anniversaire de sacerdoce. Bienvenue à celui qui incarne parfaitement le credo de Jugeote considérant que les gens importants ne sont pas tous intéressants, mais que tous les gens intéressants sont importants.

Les 10 ans de prêtrise de Narcisse La Reole

Narcisse, une vocation née dès l’enfance

Narcisse a 35 ans. Il est béninois, originaire de Cotonou, et a été ordonné prêtre le 6 août 2016, à seulement 25 ans. Une vocation très ancienne puisqu’il raconte l’avoir ressentie dès l’enfance. « La vocation, c’est un appel », explique-t-il. Un appel ensuite accompagné, discerné, travaillé pendant des années de formation au Bénin, du petit séminaire à la philosophie puis à la théologie.

Dix ans plus tard, le voilà vicaire à La Réole. Pas franchement le trajet le plus direct entre Cotonou et le Réolais : Narcisse est d’abord passé par la Côte d’Ivoire, où il a obtenu un master en droit canonique, avant de venir en France pour poursuivre en thèse à Toulouse.

Car derrière le prêtre se cache aussi un juriste passionné. Et là, la filiation n’est pas complètement fortuite : son père est lui-même juriste et a terminé sa carrière à la Cour des comptes du Bénin.

 Si je n’avais pas été prêtre, j’aurais été avocat ou magistrat. À coup sûr.

Du sacerdoce au droit canonique

Le droit canonique ? Dit comme ça, on imagine volontiers quelque chose de très poussiéreux, enfoui sous quelques tonnes de latin et de codes reliés plein cuir. En réalité, il s’agit tout simplement du droit propre à l’Église catholique : celui qui organise son fonctionnement, ses institutions, ses responsabilités, mais aussi ses juridictions.

Et lorsque Narcisse m’en explique les arcanes, forcément, mon cerveau de books addict fait un détour par Le Nom de la rose d’Umberto Eco. Inquisition, hérésie, justice ecclésiastique… Le rapprochement m’est tout de suite venu à l’esprit. Reste un détail : Narcisse ne l’a jamais lu, ni vu. Une lacune à laquelle je compte bien remédier en lui offrant un de mes livres préférés.

Narcisse travaille déjà auprès du tribunal ecclésiastique de Bordeaux. Mariages religieux, litiges internes à l’Église, procédures disciplinaires : le champ est vaste et n’exclut évidemment pas les affaires les plus graves, qui relèvent par ailleurs également de la justice civile lorsqu’elles constituent des infractions pénales.

Sa thèse pourrait lui ouvrir plusieurs voies : enseigner le droit canonique dans une université catholique ou un séminaire, travailler dans un tribunal ecclésiastique, rejoindre une curie diocésaine ou… retourner tout simplement exercer en paroisse.

Mais pour l’instant, priorité aux études.

Une priorité qui n’a rien de théorique quand on sait ce que cela implique au quotidien. Depuis deux ans, Narcisse effectue régulièrement l’aller-retour entre La Réole et Toulouse. En train, avec les correspondances, le déplacement peut devenir franchement acrobatique. Une voiture devrait désormais lui simplifier considérablement l’existence.

Et ses études ont aussi un coût : environ 2 000 euros de scolarité par an, auxquels s’ajoutent les ouvrages spécialisés, dont certains sont rares, épuisés et peuvent atteindre plusieurs centaines d’euros. Lors de la messe anniversaire de dimanche, une quête était d’ailleurs organisée pour aider à financer ce travail universitaire. Les fidèles répondant présent et faisant la queue pour apporter leur contribution.

Le Réolais, 45 communes et 48 clochers à parcourir

Son arrivée à La Réole, elle, ne relève pas d’un choix personnel : c’est l’évêque qui l’y a envoyé. Et manifestement, le hasard — ou la Providence, selon le point de vue — a plutôt bien fait les choses.

Narcisse dit s’y sentir très bien et insiste à plusieurs reprises sur la qualité de l’accueil qui lui a été réservé. Il exerce aux côtés du père Serge, originaire du Cameroun, et du père André, venu du Congo. Trois prêtres africains, trois pays, une même équipe, au cœur d’un vaste territoire paroissial qui s’étend sur 45 communes et compte 48 clochers.

À ceux qui imaginent encore le prêtre enfermé entre son presbytère et son église, Narcisse oppose une conception autrement plus mobile de sa fonction.

Il faut aller vers les gens

Concerts, fêtes, manifestations locales, retransmissions de matchs… dès qu’un événement se déroule sur le territoire, lui et les autres prêtres essaient d’être présents. « Ce n’est pas la peine de rester dans son coin et de penser que les gens viendront forcément à vous. Il faut parler avec les gens, échanger avec eux. »

RN, LFI, croyants ou non : « Le prêtre, c’est l’homme qui rassemble »

Cette volonté d’aller vers tous prend une résonance particulière dans un territoire rural où les sensibilités politiques peuvent être très marquées. Je lui pose donc la question franchement : sait-il qui vote quoi parmi les gens qu’il rencontre, voire parmi ceux qui viennent à la messe ?

La réponse est immédiate : il ne le demande pas.

 Que ce soit RN ou LFI, nous sommes en relation avec tout le monde.

Et il insiste : le rôle du prêtre n’est pas de sélectionner ses interlocuteurs selon leur bulletin de vote ou leurs idées, mais d’accueillir ceux qui viennent à lui et, surtout, d’aller vers ceux qui ne viennent pas spontanément.

Il assure n’avoir jamais connu, depuis son arrivée à La Réole, de conflit ou d’hostilité liés aux opinions politiques. Des personnes engagées ou aux convictions très affirmées fréquentent aussi l’église, explique-t-il, sans que cela empêche les relations ni l’accueil mutuel.

Puis vient cette phrase qui résume probablement assez bien sa manière d’envisager sa fonction :

« Le prêtre, c’est l’homme qui rassemble. »

Il va même plus loin, dans une formule très imagée : le prêtre serait « l’homme dévoré par tous, consommé par tous », autrement dit celui qui se met à disposition d’une communauté sans établir de frontière entre les personnes.

À La Réole comme dans les communes du secteur paroissial, Narcisse décrit donc une cohabitation plutôt apaisée. Pas l’absence de divergences, bien sûr, mais la possibilité de se parler malgré elles.

Et dans une époque où l’on semble parfois devoir choisir son camp avant même de choisir avec qui discuter, ce n’est peut-être pas le moindre des enseignements de cette rencontre.

C’est d’ailleurs comme cela que nos chemins se sont croisés : au P’tit Marché.

Dix ans de prêtrise célébrés loin du Bénin

Une rencontre assez improbable entre une touche-à-tout de l’information, de la communication et désormais des livres anciens pas vraiment connue pour hanter les sacristies et un jeune prêtre béninois venu simplement partager un moment avec les autres accompagné de ses amis Fabrice (prof de français) et Martial (prof de philosophie). Quelques plaisanteries plus tard — Narcisse, comme la fleur, évidemment — je lui promettais de venir assister à la célébration de ses dix ans de sacerdoce.

Père Narcisse La Réole Ptit Marché du Mercredi

Père Narcisse Isabelle Camus La Réole

Promesse tenue !

Et cette messe ne ressemblait guère à l’image un peu figée que certains peuvent encore se faire d’une célébration catholique. Une église Saint-Pierre pleine, des enfants, beaucoup de musique et la présence de la Communauté catholique Mère du Divin Amour, dont certains membres étaient venus de Bordeaux et Toulouse.

Cette communauté, née en Côte d’Ivoire autour de Clément Akobé, accorde une place importante à l’évangélisation, à la dimension missionnaire et à la dévotion mariale. Autant dire que musicalement et humainement, l’ambiance était plutôt éloignée du silence monacal.

Et c’est probablement ce qui m’a le plus frappée ce dimanche : la chaleur humaine qui entourait Narcisse.

Lui qui était loin de son pays et de sa famille célébrait ses dix années de prêtrise au milieu d’une église comble, avant de poursuivre la journée autour d’un repas partagé dans le jardin du presbytère. « C’était réconfortant », reconnaît-il simplement.

Père Narcisse messe des 10 ans de prêtrise

Les Réolais ont répondu présent à Père Narcisse

Aimer sans posséder : la philosophie de Narcisse

Sa façon d’envisager les relations humaines est d’ailleurs l’un des aspects les plus intéressants de notre conversation.

Narcisse a quitté très jeune son environnement familial pour suivre sa formation. Il a appris, dit-il, à ne pas s’attacher aux lieux et aux êtres au point de ne plus pouvoir les quitter.

Mais ne pas s’attacher ne signifie évidemment pas ne pas aimer.

Il cite volontiers cette idée chère au pape François : aimer les gens sans chercher à les posséder.

Et la formule résume assez bien l’homme que j’ai rencontré : être pleinement présent là où l’on se trouve, créer des liens, puis être capable d’en créer d’autres ailleurs lorsque la vie vous appelle.

Alors restera-t-il à La Réole ? Impossible à dire.

Le père Serge quittera prochainement la paroisse et sera remplacé en septembre par le père Éric Shirck, actuellement curé de Castillon-la-Bataille. Narcisse pourrait parfaitement devenir curé un jour, mais ce n’est pas ce qu’il souhaite actuellement : il veut achever sa thèse.

Après ? Le Bénin, la Côte d’Ivoire, la France… tout reste ouvert.

« Peu importe le lieu où l’on m’enverra. »

Et puis il y a l’homme derrière le prêtre.

Celui qui aime le droit, le sport, les rencontres et la vie locale. Celui qui va voir les matchs, les concerts et les fêtes. Celui qui explique très tranquillement que le célibat sacerdotal ne lui pèse pas et qu’il le vit comme une disponibilité totale à sa mission.

Sur ce sujet comme sur quelques autres, nous ne sommes évidemment pas tombés d’accord sur tout.

Et c’est très bien ainsi.

Parce que l’intérêt d’une rencontre n’est précisément pas de parler uniquement à ceux qui pensent comme nous.

Dimanche, après la messe, le déjeuner partagé dans le jardin du presbytère m’a d’ailleurs donné l’occasion de rencontrer des prêtres absolument épatants, dont le père Richard, dit le vieux, 80 ans, des dents éclatantes (il a commencé son ministère chez les paras et terminera aumonier à la prison de Gradignan), et de prolonger cette impression née quelques jours plus tôt au P’tit Marché : derrière les fonctions, les institutions et parfois les représentations que nous projetons sur elles, il reste d’abord des individus.

Croyants ou non. Pratiquants ou non. Catholiques ou pas davantage.

Des gens qui vivent dans la même ville et dont les chemins peuvent parfaitement se croiser.

Finalement, c’est peut-être cela que Narcisse incarne le mieux à La Réole : un prêtre qui ne demande pas aux gens de franchir d’abord la porte de son église pour aller à leur rencontre. Il commence par franchir la sienne.

Et quelque chose me dit que nous nous recroiserons très probablement… au P’tit Marché ou ailleurs.


Une maison pour les enfants : le nouveau projet du père Serge, au Cameroun

En septembre, une page va se tourner à La Réole. Après sept années passées dans la paroisse, le père Serge repart au Cameroun pour une nouvelle mission qui lui tient particulièrement à cœur : créer un lieu d’accueil destiné aux enfants les plus vulnérables.

Enfants abandonnés, orphelins, enfants des rues… Une trentaine d’entre eux pourront être accueillis, avec un système rotatif, permettant au lieu de bénéficier au fil du temps au plus grand nombre.

Mais pour accueillir des enfants, encore faut-il une maison dans laquelle vivre. Et pratiquement tout reste à équiper.

Électroménager, vaisselle et ustensiles de cuisine, lits et literie, meubles, linge de maison… Bref, tout ce qui paraît parfaitement ordinaire dans nos maisons et devient indispensable lorsqu’il faut en faire un véritable lieu de vie.

Le père Serge lance donc un appel aux dons, matériels comme financiers, afin de donner corps à ce projet.

Et cet appel ne s’adresse évidemment pas qu’aux Réolais. Entreprises, commerçants, associations, particuliers, habitants du Réolais ou d’ailleurs : chacun peut participer, à la mesure de ses possibilités. Un meuble, du linge, de la vaisselle, un équipement électroménager ou quelques euros peuvent contribuer à meubler, équiper et faire vivre cette maison.

Après avoir consacré sept années aux habitants de notre territoire, Serge s’apprête à mettre son énergie au service de ces enfants.

À nous de l’aider à ne pas repartir les mains vides.

Paroisse La Réole/Monségur

Serge Voulaboum : 06 10 05 75 23

POUR AIDER LE PROJET DU PÈRE SERGE :

Aidons le père Serge pour son projet de foyer pour enfants ➡️ https://www.leetchi.com‌

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