Trouver une activité à faire avec ses enfants en Gironde sans passer deux heures à écumer Google, Facebook, Instagram et les agendas locaux ? C’est le pari d’A2pas, une jeune marketplace girondine imaginée par des parents pour les familles. Lancée le 15 mai 2026, elle compte déjà quelque 450 partenaires, dont 300 actifs, et plus de 10 000 abonnés sur les réseaux sociaux. Mais derrière le site se dessine un projet plus large : faire sortir les enfants des écrans, donner de la visibilité aux acteurs locaux et rappeler qu’avant d’aller chercher ailleurs, il existe parfois beaucoup à découvrir… à deux pas.
Au commencement était… un papa qui manquait de temps
Les bonnes idées ne naissent pas toujours dans un incubateur, au fond d’un PowerPoint constellé de courbes ascendantes.
Parfois, elles commencent beaucoup plus simplement.
Par un père qui travaille beaucoup, dispose de peu de temps avec ses enfants et voudrait que ce temps soit du temps de qualité.
Alain a 32 ans, deux jeunes enfants et une certaine propension à transformer ses propres problématiques en projets. Il a investi dans l’immobilier. Il aimait les pizzas ? Il s’est lancé dans une pizzeria. Et lorsqu’il s’est retrouvé à chercher quoi faire avec ses enfants, il s’est heurté à une autre difficulté.
Trouver une activité, oui. Mais où ?
Facebook ? Instagram ? Google ? Les pages des communes ? Les agendas locaux ?
Et lorsque surgissait enfin cette petite activité sympa, originale ou gratuite dont personne ne lui avait parlé, elle avait parfois eu lieu… la veille.
« Quand on voyait des activités sympas, gratuites, on passait souvent à côté. On se disait : mince, on ne le savait pas, c’est trop tard. »
Avec Audrey, qui partage l’aventure avec lui, Alain commence alors par vérifier une chose : sont-ils les seuls parents à galérer ?
Manifestement, non.
Ils interrogent également des professionnels et découvrent l’autre côté du problème. Eux aussi peinent à faire connaître leurs activités. Communiquer prend du temps, nécessite des compétences et de la régularité, et les mêmes offres finissent souvent par occuper le devant de la scène.
D’un côté, des familles qui cherchent.
De l’autre, des professionnels qui aimeraient être trouvés.
Il ne restait plus qu’à les faire se rencontrer.

A2pas : quoi faire, où et quand ?
Le principe d’A2pas pourrait presque tenir en trois questions.
Pour le parent : qu’est-ce que je peux faire, où et quand ?
Pour le professionnel : qu’est-ce que je propose, où et quand ?
Lorsque les deux correspondent, A2pas fait le lien.
La plateforme est officiellement lancée le 15 mai 2026. Et pourtant, à la fin du mois de mars, raconte Alain, elle n’existait encore que dans leur tête : pas de site opérationnel, pas de développeur, au point que le couple envisage un moment d’abandonner le projet.
Quelques semaines plus tard, ils appuient sur le bouton.
Aujourd’hui, A2pas rassemble environ 450 partenaires, dont 300 actifs qui proposent effectivement des activités, et fédère déjà 10 730 abonnés sur les réseaux sociaux.
Pas mal pour un projet qui, quelques semaines avant son lancement, existait encore essentiellement sur le papier.
Pas un agenda, une marketplace
La différence est importante.
A2pas n’est pas un énième agenda que son équipe devrait alimenter en courant derrière les horaires, les dates et les disponibilités de centaines de professionnels.
C’est une marketplace.
Chaque partenaire dispose de ses propres accès et gère ses propositions. Un atelier est disponible samedi ? Il le met en ligne. Des places sont réservées ? Tant mieux. Elles ne le sont pas ? Sa présence sur la plateforme ne lui aura rien coûté.
Le modèle économique est tout aussi lisible : l’accès est gratuit pour les professionnels et A2pas prélève une commission de 10 % sur les réservations des activités payantes réalisées par son intermédiaire.
Quant aux activités gratuites, elles peuvent elles aussi être référencées gratuitement.
Ce qui explique peut-être pourquoi, au début, certains professionnels cherchaient le piège.
Alain raconte qu’en leur présentant le fonctionnement, certains avaient du mal à croire qu’on puisse leur proposer de la visibilité sans abonnement préalable et se demandaient presque quelles informations on allait finir par leur réclamer.
C’est tellement simple que ça paraît suspect.
À l’époque des petites lignes écrites en corps 6, c’est presque rafraîchissant.

De la poterie aux étoiles, en passant par les abeilles
Et qu’est-ce qu’on trouve sur A2pas ?
De l’accrobranche et des activités aquatiques, certes, mais aussi de quoi sortir des sentiers battus : poterie, céramique, couture, histoires racontées aux plus petits, observation des étoiles, découverte des plantes, visites de vignobles, fermes pédagogiques, rencontre avec les animaux, découverte des abeilles et des insectes…
Le cœur de cible se situe principalement chez les enfants de 3 à 13-14 ans, même si certaines activités sont évidemment accessibles à toute la famille.
Avec derrière cette diversité une conviction forte : donner aux enfants de bonnes raisons de quitter un peu leurs écrans.
Pas besoin pour cela de déclarer la guerre aux tablettes et aux jeux vidéo — les parents ont déjà suffisamment de sujets de culpabilité comme ça.
Encore faut-il simplement savoir ce qu’on peut leur proposer à la place.
« Le territoire est riche de belles personnes et de belles activités »
C’est probablement ici qu’A2pas devient plus intéressant qu’un simple intermédiaire de réservation.
Alain et Audrey veulent aller chercher les acteurs locaux, y compris les petits, ceux qui disposent d’un vrai savoir-faire mais pas forcément d’un service communication ou d’un budget publicitaire.
Agriculteurs, artisans, producteurs, fermes, associations, structures culturelles, médiathèques…
« Le territoire est riche de belles personnes et de belles activités. »
Tout est à peu près là.
Les médiathèques en sont un bon exemple. Elles proposent parfois des ateliers gratuits financés par les collectivités. Encore faut-il que les familles sachent qu’ils existent.
A2pas peut les rendre visibles sans leur facturer leur présence.
Et dans un contexte où certains agriculteurs et acteurs ruraux traversent des périodes particulièrement difficiles, Alain revendique aussi cette volonté de soutien.
L’activité familiale devient alors un prétexte plutôt malin pour faire découvrir ceux qui vivent, produisent, créent et transmettent autour de chez nous.
A2pas : deux A et beaucoup de sens
Le nom lui-même raconte une partie de l’histoire.
Les deux A sont ceux d’Alain et Audrey.
Mais A2pas, c’est évidemment aussi ce qui se trouve à deux pas de chez soi.
Et en 2026, cette notion de proximité ne relève plus seulement du joli storytelling.
Une sortie en famille, ce n’est pas uniquement le prix de l’activité. Il faut parfois y ajouter plusieurs dizaines de kilomètres en voiture, le carburant, éventuellement le péage, et le temps passé sur la route.
À l’heure où le coût des déplacements pèse dans les budgets, la proximité devient aussi un argument économique.
Pourquoi parcourir 80 kilomètres pour occuper ses enfants si une ferme pédagogique, un atelier de poterie, une activité nature ou une découverte insolite existe à quelques kilomètres de la maison ?
Moins de kilomètres, potentiellement moins de dépenses, une meilleure connaissance de son environnement et de l’activité économique qui reste davantage sur le territoire.
Après les circuits courts alimentaires, pourquoi pas, finalement, les circuits courts du loisir ?

Paul, 4 ans et déjà directeur commercial
A2pas est aussi une histoire de famille.
Audrey est pleinement engagée dans l’aventure et les enfants ne sont jamais très loin.
À commencer par Paul, 4 ans, qui semble avoir déjà intégré quelques rudiments du développement commercial.
À la Foire de Bordeaux, voyant son père momentanément assis, il lui lance :
« Mais qu’est-ce que tu fais assis ? Il faut distribuer les flyers ! »
Le patron était prévenu.
Alain l’emmène sur certains événements et activités, sans chercher, explique-t-il, à lui imposer quoi que ce soit. L’enfant observe, participe et prend parfois les devants.
Avec un avantage concurrentiel redoutable : un enfant de quatre ans essuie sensiblement moins de refus que son père lorsqu’il tend un flyer.
Même les meilleurs commerciaux peuvent s’incliner.
Derrière le chef d’entreprise, le pompier volontaire
Il existe une autre facette d’Alain qui éclaire aussi l’ADN du projet.
Il est sapeur-pompier volontaire.
Lorsque les incendies ont durement frappé la Gironde, il a vu les marques de solidarité affluer en direction des pompiers. Mais lui s’est interrogé sur ceux qui restent derrière lorsqu’ils partent combattre le feu : les conjoints et, surtout, les enfants.
Ceux auxquels il faut expliquer où papa ou maman part.
Ceux qui voient ensuite les images à la télévision et comprennent parfaitement qu’il ne s’agit pas d’un dessin animé.
Avec A2pas, Alain décide donc de rester sur son terrain : les familles et les activités.
Une cagnotte est lancée afin de permettre à des pompiers et à leurs proches de profiter d’activités proposées sur la plateforme.
Environ 3 000 euros sont ainsi récoltés. Selon Alain, l’enveloppe a concerné cinq casernes et environ 500 pompiers, les bénéficiaires pouvant réserver une activité avant d’en demander le remboursement.
Une manière différente de soutenir ceux qui étaient mobilisés sur les incendies, en pensant cette fois à l’après et aux moments à retrouver en famille.
Deux promesses plutôt qu’une
Car Alain et Audrey ne veulent pas uniquement faciliter la vie des parents.
A2pas s’est construit autour de deux promesses : aider les familles à trouver des activités et accompagner les partenaires qui les proposent dans leur développement.
La plateforme répond à la première.
Pour la seconde, une nouvelle étape se prépare : les Rendez-vous A2pas.
L’idée est de réunir régulièrement les partenaires pendant quelques heures autour d’un café et de viennoiseries, de leur permettre de se rencontrer, de présenter leur métier mais surtout d’échanger sur leurs problématiques.
Comment mieux parler de son activité ? Comment travailler ses réseaux sociaux ? Son site Internet ? Sa visibilité ? Comment prendre la parole ? Comment se rapprocher de la presse locale ?
A2pas entend faire intervenir des professionnels de son réseau pour transmettre des compétences et permettre aux partenaires de gagner en autonomie.
Autrement dit, on commence par référencer un potier, un artisan ou une ferme sur une marketplace et l’on finit par créer un maillage humain et professionnel.

Et demain, un lieu pour se rencontrer pour de vrai ?
La logique pourrait même sortir complètement des écrans.
Plusieurs partenaires d’A2pas ont les compétences nécessaires pour proposer des ateliers mais pas forcément les moyens de disposer de leur propre local.
D’où un nouveau projet actuellement en réflexion : trouver un espace qui pourrait devenir une sorte de tiers-lieu pour les familles et les professionnels.
Un café où les parents pourraient se retrouver pendant que leurs enfants participent à une activité. Un lieu où les partenaires pourraient organiser leurs ateliers. Un endroit où cette communauté née en ligne pourrait se rencontrer dans la vraie vie.
En somme : partir du numérique pour ramener les gens dans le réel.
Voilà une utilisation d’Internet qui ne manque pas de sel.
La Gironde aujourd’hui, la France demain ?
Pour l’heure, A2pas concentre son développement sur la Gironde, avec quelques incursions dans les secteurs limitrophes de Dordogne.
L’objectif annoncé pour 2027-2028 est d’ouvrir au moins trois départements supplémentaires.
Puis, si le modèle confirme son potentiel, de passer à l’échelle nationale.
Et Alain ne s’interdit manifestement pas de rêver plus loin encore. Une discussion récente avec des Français installés en Espagne, lui expliquant ne pas connaître d’équivalent sur place, a forcément nourri la réflexion.
Son ambition ultime ?
Devenir un jour une sorte de « Airbnb ou Trivago de l’activité ».
Il tient également à saluer Hubert Laporte, maire de Sainte-Eulalie, qui, dit-il, a cru au projet et accompagne A2pas dans son développement.
Et si on arrêtait d’aller chercher si loin ?
Au fond, derrière A2pas se cache quelque chose de plus vaste qu’une réponse à la sempiternelle question parentale : « Qu’est-ce qu’on fait aujourd’hui ? »
Faire sortir les enfants des écrans. Faire gagner du temps aux parents. Donner de la visibilité à un artisan, une ferme, un producteur, une médiathèque ou une petite structure. Faire circuler clients, savoir-faire et compétences. Créer des rencontres. Et redécouvrir son propre territoire.
À l’heure où le coût des déplacements pèse dans les budgets, où prendre sa voiture pour parcourir des dizaines de kilomètres n’est plus forcément un geste anodin et où soutenir l’économie locale prend tout son sens, la proximité devient une valeur en soi.
Parce qu’une ferme pédagogique, un atelier créatif, une balade, un château, des animaux, un producteur ou une activité nature à quelques kilomètres de la maison peuvent fabriquer des souvenirs aussi précieux qu’une sortie nécessitant une heure et demie de voiture. Avec moins de kilomètres, moins de temps perdu, potentiellement moins de dépenses et davantage d’activité qui reste sur le territoire.
Et si, finalement, la plus belle promesse d’A2pas était celle-ci : nous réapprendre à regarder ce qui existe juste à côté ?




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