Stop aberration : du saumon made in Le Verdon, c’est NON !

par | 7 Août 2026 | À la Une, What a biotiful world | 0 commentaires

Edito : 42 000 hectares de forêt viennent de partir en fumée en Gironde. Les records de chaleur et de sécheresse se succèdent. L’eau devient l’une des ressources les plus précieuses de notre siècle. Et pourtant, paf !…

alors que les nappes phréatiques sont sous tension et que des restrictions d’eau se multiplient… l’État vient d’autoriser l’implantation au Verdon-sur-Mer d’une méga-ferme aquacole destinée à produire 10 000 tonnes de saumons par an, soit un projet d’une ampleur inédite en France. La préfecture mettant en avant 250 emplois, la reconversion d’une friche industrielle et une production nationale aujourd’hui largement importée, tout en promettant un « cadre environnemental strict » et un « contrôle permanent ».

L’argument des emplois est régulièrement avancé pour justifier le projet. Or si personne ne méprise la création d’emplois, elle doit s’accompagner d’une véritable question : quels emplois voulons-nous créer pour préparer l’avenir de la Gironde ?

Après les incendies historiques que vient de connaître notre département, dont les éco-systèmes ont été dramatiquement impactés, les besoins sont immenses.

Nous aurons notamment besoin de forestiers pour reconstituer des massifs plus résilients au changement climatique.

Nous aurons besoin d’écologues, de botanistes, d’ingénieurs forestiers et d’hydrologues pour restaurer les sols, protéger les nappes phréatiques et préserver les zones humides.

Nous aurons besoin d’entreprises spécialisées dans la prévention des incendies : débroussaillement, entretien des pistes DFCI, création de coupures de combustible, surveillance des massifs, développement de technologies de détection précoce.

Nous aurons besoin d’artisans pour reconstruire les bâtiments détruits, de pépiniéristes pour produire des millions d’arbres adaptés au climat de demain, de chercheurs pour accompagner cette transition.

Nous aurons besoin d’investissements dans les énergies renouvelables, la rénovation thermique, l’économie circulaire, l’agriculture régénératrice, l’écotourisme, la restauration de la biodiversité et la protection de l’estuaire de la Gironde, patrimoine naturel unique en Europe.

Autrement dit, nous avons besoin d’emplois qui réparent le territoire, pas d’emplois qui risquent d’accroître les pressions qui s’exercent déjà sur lui. Créer des emplois est indispensable. Les créer dans des activités compatibles avec les limites de notre planète l’est encore davantage. Le chiffrage des dégâts (économiques, écologiques, psychologiques…) occasionnés par les incendies permettant de calculer les économies d’échelle qu’une telle vision globale permettraient de faire. Ou ce qu’il en coûte déjà de ne pas le faire.

Derrière les promesses, des questions demeurent

Le projet prévoit l’élevage de dizaines de milliers de saumons dans des bassins terrestres à forte densité, grâce à un système de recirculation de l’eau (RAS). Même si cette technologie recycle une grande partie de l’eau, elle nécessite malgré tout des prélèvements quotidiens importants, une consommation énergétique considérable, un traitement permanent de l’eau et génère des boues ainsi que des rejets dans un estuaire parmi les plus remarquables d’Europe.

Les opposants — scientifiques, associations, pêcheurs, ostréiculteurs, élus, riverains… dont je fais désormais partie  comme citoyenne, plus que lassée de voir se multiplier des projets incompatibles avec les défis environnementaux de notre époque — s’inquiètent notamment des impacts sur la ressource en eau, des rejets d’azote et de phosphore, des effets cumulés sur les milieux naturels, du changement d’échelle que représente une installation de cette taille, mais aussi de la question fondamentale du bien-être animal. Car au-delà de l’empreinte écologique, ce projet repose sur une logique d’élevage intensif et de concentration extrême du vivant : des dizaines de milliers de saumons, animaux migrateurs capables de parcourir des milliers de kilomètres à l’état sauvage, passeront toute leur existence dans des bassins industriels à forte densité, soumis à une gestion entièrement mécanisée de leur environnement.

D’autre part il est affirmé que : « Il n’y aura pas d’antibiotiques. » Tant mieux si cet engagement est tenu. D’ailleurs petite question :

  • Que se passe-t-il en cas d’épidémie ? Aucune installation de cette taille n’est totalement à l’abri d’une crise sanitaire… Les opposants soulignent qu’en cas de maladies, la stratégie annoncée repose sur l’abattage des lots contaminés plutôt que sur des traitements antibiotiques massifs.

Mais le débat ne se résume pas aux antibiotiques. Une telle installation implique un contrôle sanitaire permanent, des traitements de l’eau, des protocoles de biosécurité, une surveillance constante des poissons, la gestion de dizaines de tonnes de boues et des rejets encadrés… mais bien réels.

Le problème n’est pas seulement ce qui entre dans l’usine. C’est aussi tout ce qui en sort.

Au fond, cette affaire pose une question qui dépasse largement le Verdon. Quel modèle alimentaire voulons-nous financer ?

Sommes-nous prêts à accepter que des dizaines de milliers de saumons vivent entassés toute leur existence dans des bassins industriels afin de satisfaire notre consommation ?

Nous avons tendance à croire que notre pouvoir s’arrête dans l’isoloir. Ou que nous n’en avons aucun. C’est faux ! Chaque passage en caisse est un vote. Chaque achat cautionne un modèle de production.

Au-delà de l’indignation, il existe donc une véritable action.

Réduire, voire arrêter de consommer du saumon d’élevage.

Car il n’y a pas de production industrielle sans consommation industrielle. Et derrière chaque filet de saumon vendu se cachent un modèle économique, un impact environnemental… et un choix de société.

L’implantation d’une méga-ferme aquacole de saumons au Verdon n’est pas une fatalité. Notre pouvoir de citoyens commence aussi dans notre assiette. Et dans ce que nous consommons… ou pas.

Et j’irai même plus loin, cette affaire ne parle pas seulement de saumons. Elle parle de nous. De notre rapport au vivant. De ce que nous sommes prêts à sacrifier au nom de la performance, de la rentabilité et de la consommation.

Nous dénonçons les mégabassines, nous pleurons les forêts qui brûlent, nous nous inquiétons de l’effondrement de la biodiversité… puis nous remplissons nos chariots comme si rien de tout cela n’avait de lien.

Le pouvoir du consommateur est immense. Chaque achat valide un modèle de société. Chaque refus en dessine un autre.

Au-delà de l’indignation, il existe une forme de résistance simple, quotidienne et pacifique : choisir de ne plus acheter ce que l’on ne veut plus voir exister.

L’implantation d’une méga-ferme aquacole de saumons au Verdon n’est pas seulement une décision administrative. C’est un choix de société. Et, pour ma part, je réponds (et nous sommes Légion) :  » Du saumon made in Le Verdon ? C’est non !. »

Nous sommes Légion à dire Non !

Illustrations co-réalisées avec l’intelligence artificielle*.

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L’intelligence artificielle est en train de transformer les métiers de l’information, de la communication et de la création de contenus. Comme toute innovation majeure, elle suscite des interrogations, mais aussi de formidables opportunités.

En tant que journaliste, rédactrice, communicante, community manager et consultante en relations presse, j’ai choisi de l’intégrer à ma pratique professionnelle avec enthousiasme… et discernement.

Je considère l’intelligence artificielle comme une collaboratrice numérique : un outil d’assistance capable d’accélérer certaines tâches, de stimuler la réflexion, de proposer des pistes, de faciliter la structuration d’un texte ou d’élargir un champ de recherche. Elle me permet de consacrer davantage de temps à ce qui fait le cœur de mon métier : enquêter, rencontrer, observer, analyser, vérifier, raconter et créer du lien.

Mais une collaboratrice, aussi performante soit-elle, ne signe pas à ma place.

Chaque article, communiqué de presse, dossier de presse, stratégie de communication, newsletter, publication sur les réseaux sociaux ou contenu éditorial que je réalise demeure le fruit d’un travail humain. Les informations sont vérifiées, les sources recoupées, les textes relus, enrichis et, bien souvent, profondément réécrits.

Il m’arrive également de corriger l’intelligence artificielle. Comme tout outil, elle peut se tromper, simplifier à l’excès, manquer de nuances ou méconnaître un contexte local, historique, culturel ou humain. Son efficacité ne dispense jamais d’un regard critique ; elle le rend, au contraire, encore plus indispensable.

Je tiens aussi à préserver ce qui ne s’automatise pas : mon ton, mon style, ma sensibilité, ma ligne éditoriale, mon expérience du terrain, ma connaissance des acteurs et des territoires, ainsi que la relation de confiance construite au fil des années avec mes lecteurs, mes clients, les médias et mes partenaires.

La photographie fait également partie intégrante de mon travail. Les images qui accompagnent mes reportages, articles et publications sont, dans leur immense majorité, mes propres photographies, réalisées sur le terrain. Je ne fais appel à l’intelligence artificielle pour créer une illustration que lorsque je ne dispose d’aucun support visuel pertinent ou lorsqu’il s’agit de représenter une idée, un concept ou une scène impossible à photographier. Ces situations restent exceptionnelles et les illustrations concernées sont signalées lorsque cela est nécessaire.

L’intelligence artificielle peut proposer des mots ou des images. Elle ne possède ni mémoire vécue, ni intuition, ni responsabilité. Elle ne remplace ni une interview, ni une rencontre, ni un reportage, ni un regard de photographe, ni une émotion, ni une analyse, ni une conviction.

Je revendique un usage responsable de cette technologie : ni fascination aveugle, ni rejet de principe. L’innovation fait progresser nos métiers lorsqu’elle reste au service de l’intelligence humaine, de l’éthique professionnelle et de la qualité de l’information.

L’intelligence artificielle est une formidable collaboratrice numérique. Mais comme tout outil, sa valeur dépend avant tout de la personne qui l’utilise.

Car au bout de la chaîne, il reste toujours une signature. Et avec elle, la responsabilité qui l’accompagne.

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