Du 25 au 27 septembre 2026, le Festival de Musiques Anciennes de La Réole célébrera sa majorité autour d’un thème aussi invisible qu’essentiel : le Souffle. Celui qui porte les voix corses, anime les instruments à vent, traverse les siècles et redonne vie à un Requiem espagnol resté silencieux pendant quatre cents ans.
Dix-huit ans, l’âge de la majorité, mais certainement pas celui de la raison si celle-ci devait conduire à renoncer à l’audace, à la curiosité et au goût des chemins musicaux peu fréquentés.
Depuis sa création en 2009, le Festival des Riches Heures de La Réole explore les musiques anciennes avec une ambition intacte : faire entendre des œuvres venues du haut Moyen Âge, de la Renaissance et du Baroque, mais aussi révéler les liens qui unissent les époques, les territoires et les cultures.
Pour cette 18ᵉ édition, organisée du vendredi 25 au dimanche 27 septembre 2026, le Festival a choisi un thème qui les traverse tous : le Souffle.
Le souffle de la voix humaine, depuis les polyphonies corses transmises de génération en génération jusqu’aux résonances spirituelles et dépouillées d’Arvo Pärt. Celui qui fait vibrer chalemies, bombardes et trompettes à coulisse. Celui, enfin, qui permettra à une œuvre espagnole du début du XVIIᵉ siècle de renaître après quatre cents ans de silence.

Des musiques anciennes qui parlent au présent
Les Riches Heures de La Réole ont construit leur identité sur l’exploration d’un immense territoire musical. Celui-ci s’étend de l’Europe historique — française, anglaise, allemande, italienne, espagnole ou d’Europe centrale — aux traditions byzantines et arabo-andalouses, jusqu’à la Nouvelle-Espagne, qui recouvrait une partie du continent américain durant la période coloniale.
Une grande partie des œuvres présentées appartient au répertoire sacré, mais le Festival ne se limite pas aux églises, aux monastères et aux chapelles princières. Il fait également entendre les musiques traditionnelles, les chants profanes, les œuvres de cour ou celles des troubadours.
Cette diversité permet de rappeler une évidence parfois oubliée : la musique ancienne n’est pas une musique figée sous vitrine. Elle raconte les croyances, les amours, les deuils, les fêtes, les rapports de pouvoir et la vie quotidienne de celles et ceux qui nous ont précédés.
Elle parle du passé, mais continue de nous atteindre au présent.
Un festival de raretés et de redécouvertes
L’une des grandes particularités des Riches Heures de La Réole réside dans la place accordée à la recherche.
Certains programmes naissent de l’étude de manuscrits oubliés, de partitions conservées dans des bibliothèques ou des fonds musicaux rarement explorés. Le Festival permet ainsi de faire entendre des compositeurs peu joués et, parfois, des œuvres qui n’ont plus été interprétées depuis plusieurs siècles.
Les musiciens utilisent des instruments anciens ou leurs reconstitutions, dont la pratique a retrouvé toute sa légitimité à partir des années 1980. Chalemie, bombarde, cornet, consort de flûtes ou trompette à coulisse ne sont pas là pour le décor : leurs sonorités particulières permettent de retrouver les couleurs et les équilibres imaginés à l’époque de la composition des œuvres.
Mais les Riches Heures ne se contentent pas de regarder dans le rétroviseur. Le Festival aime aussi provoquer des rencontres entre des univers éloignés dans le temps ou dans l’espace.
En 2018, pour sa 10ᵉ édition consacrée aux « Visions », il avait ainsi rapproché Hildegarde von Bingen et Olivier Messiaen, pourtant séparés par huit siècles. En 2026, le Miserere de Gregorio Allegri dialoguera avec les œuvres vocales du compositeur estonien Arvo Pärt.
Ces rapprochements montrent que les mêmes aspirations spirituelles, les mêmes émotions et parfois les mêmes intuitions artistiques peuvent surgir à des siècles de distance.
Faire dialoguer les cultures
Établir des passerelles est aussi une manière de faire entendre ce que les cultures partagent.
Le Festival met en regard des expressions musicales apparues parfois à la même époque dans des régions très éloignées. Il souligne leurs différences sans les opposer et révèle les influences, les circulations et les résonances qui les rapprochent.
Cette 18ᵉ édition en offre une belle illustration : les polyphonies corses rencontreront les musiques de la Renaissance européenne, le répertoire sacré italien du XVIIᵉ siècle, la création contemporaine estonienne et une œuvre espagnole retrouvée jusqu’au Mexique.
Un voyage de la Corse à Madrid, de Rome à l’Estonie et de La Réole à Puebla, sans quitter les églises du Réolais.
Un festival qui ne dure pas seulement trois jours
Si le grand rendez-vous public se tient chaque année lors du dernier week-end de septembre, l’action des Riches Heures se poursuit bien au-delà.
Chaque été, une Académie internationale de musiques anciennes accueille des étudiants en fin d’études, de jeunes artistes en voie de professionnalisation et des musiciens professionnels. Des artistes reconnus y dirigent des masterclasses d’orgue, de chant baroque, de cornet, de consort de flûtes et de polyphonie.
Le Festival mène également un travail de médiation auprès des scolaires. Des rencontres sont organisées avec des classes d’école primaire et de collège afin de faire découvrir aux élèves des instruments anciens, leurs sonorités et les répertoires auxquels ils appartiennent.
Tout au long de l’année, six ateliers vocaux permettent aussi à des chanteurs amateurs de s’initier aux répertoires du Moyen Âge, de la Renaissance et du Baroque.
Cette place accordée à la transmission n’est donc pas un simple complément à la programmation : elle constitue l’un des piliers du projet. Faire vivre les musiques anciennes, c’est aussi former celles et ceux qui les interpréteront demain et donner au public les clés pour les écouter.

LE PROGRAMME DE LA 18ᵉ ÉDITION
A Cumpagnia : le souffle de l’Île de Beauté
Vendredi 25 septembre à 20 h 30
Église de Gironde-sur-Dropt
Fondé en 1978 à Pigna, l’ensemble A Cumpagnia ouvrira le Festival avec les polyphonies sacrées et profanes de Corse.
Ses chanteurs et musiciens œuvrent depuis près d’un demi-siècle à la préservation et à la transmission du patrimoine musical insulaire. Chants franciscains, paghjella, madrigaux, terzetti, lamenti, chants d’amour et monodies racontent les histoires autrefois entendues dans les différentes pieve de Corse : la vie quotidienne, l’amour, la vengeance ou les événements exceptionnels qui marquaient les communautés.
Ce patrimoine vocal s’accompagne d’un instrumentarium traditionnel patiemment reconstitué avec le concours d’artisans. Cetera, ceterina, pirula, pivana et cialamella côtoient ainsi violons, guitares et percussions.
A Cumpagnia ne cherche pas à reproduire une tradition immobile. L’ensemble la fait vivre entre fidélité, transmission et création contemporaine.
Un atelier de chant corse animé par Jérôme Casalonga sera également proposé le samedi 26 septembre à La Réole.
Quand deux maires font de la culture une affaire de territoire
Samedi 26 septembre, de 14 heures à 15 heures
La Petite Populaire, à La Réole — entrée gratuite
Avant de retrouver les concerts, le Festival proposera un café-rencontre entre Bruno Marty, maire de La Réole, et Jérôme Casalonga, maire de Pigna, en Corse, autour d’une passion commune : faire rayonner la culture dans leur ville.
Deux élus, deux communes et deux territoires très différents, mais une même conviction : la culture n’est pas réservée aux grandes métropoles. Elle peut devenir, dans une petite ville ou un village, un véritable moteur de rencontres, de transmission, d’attractivité et de vitalité locale.
La présence de Jérôme Casalonga donne une résonance particulière à cet échange. Maire de Pigna, village corse reconnu pour la place qu’il accorde à la création et aux traditions musicales insulaires, il est également chanteur et percussionniste au sein d’A Cumpagnia. Il animera par ailleurs l’atelier de chant corse proposé en marge du Festival.
Face à lui, Bruno Marty pourra témoigner de la manière dont La Réole, Ville d’art et d’histoire, s’appuie elle aussi sur son patrimoine, ses festivals, ses artistes et ses lieux culturels pour renforcer son identité et son rayonnement.
Une rencontre ouverte à tous pour confronter les expériences de deux élus qui envisagent la culture non comme un supplément d’âme, mais comme une composante essentielle de la vie de leur territoire.
Par le Regart : un tremplin pour la jeune génération
Samedi 26 septembre à 16 h 30
Église Notre-Dame-de-Lorette à Saint-Michel-de-Lapujade
Le concert tremplin du Festival accueillera l’ensemble Par le Regart, né à la Schola Cantorum de Bâle.
Ces jeunes musiciens explorent la musique de l’alta cappella, formation d’instruments à vent caractéristique de la fin du Moyen Âge et de la Renaissance. Chalemie, bombarde et trompette à coulisse feront revivre des œuvres de Guillaume de Machaut, Guillaume Dufay et Gilles Binchois.
Passionné par les notations anciennes, Par le Regart ne s’intéresse pas uniquement aux partitions écrites. L’ensemble travaille également sur les pratiques historiques d’improvisation, essentielles à une époque où les interprètes disposaient d’une liberté que la notation musicale ne restitue pas toujours.
En marge du concert, les musiciens proposeront plusieurs séances de découverte à des élèves d’école primaire et de collège. Une manière très concrète de montrer aux plus jeunes que ces étranges instruments appartiennent bien à une histoire musicale vivante.
Dulci Jubilo : du Miserere d’Allegri au souffle mystique d’Arvo Pärt
Samedi 26 septembre à 20 h 30
Église Saint-Pierre de La Réole
Douze chanteurs, plusieurs siècles de musique et un programme spécialement imaginé pour cette 18ᵉ édition.
Le chœur Dulci Jubilo réunira le célèbre Miserere de Gregorio Allegri, d’autres compositeurs italiens du Seicento et des œuvres vocales d’Arvo Pärt.
Composé au XVIIᵉ siècle pour les offices de la chapelle Sixtine, le Miserere d’Allegri est devenu l’une des œuvres les plus emblématiques de la musique sacrée occidentale. Son écriture polyphonique, portée par l’élévation spectaculaire des voix, trouvera un écho singulier dans la musique d’Arvo Pärt, fondée sur le silence, le dépouillement et une forme de respiration intérieure.
Ce concert marquera également le 40ᵉ anniversaire de la première présentation en France des œuvres du compositeur estonien, lors d’un concert donné en novembre 1986 au Théâtre de la Ville à Paris.
L’ensemble Dulci Jubilo est dirigé par Christopher Gibert, qui partage sa vie de musicien entre la direction de chœur et la composition. Formé notamment aux conservatoires de Toulouse et de Boulogne-Billancourt, puis au Pôle d’enseignement supérieur de Rennes, il a collaboré avec de nombreux ensembles et dirigé plusieurs productions à l’échelle nationale.
Compositeur en résidence au Festival de Rocamadour de 2015 à 2018, puis à l’abbaye de Sylvanès de 2022 à 2024, Christopher Gibert est également directeur artistique du Festival de l’abbaye de Beaulieu-en-Rouergue et conseiller artistique des Musicales de Conques.
Vox Cantoris : un Requiem ressuscité après quatre siècles de silence
Dimanche 27 septembre à 16 heures
Église Saint-Pierre de La Réole
Ce sera l’un des événements majeurs de cette édition : la recréation mondiale de l’Office des défunts et du Requiem à huit voix de Sebastián López de Velasco, publié en 1628.
Au monastère royal des Descalzas Reales de Madrid, qui abritait notamment l’impératrice Marie d’Autriche, l’infante Margarita de la Cruz et Anne d’Autriche, s’était développée l’une des traditions musicales les plus fascinantes de l’Espagne des Habsbourg.
Francisco Dávila y Páez y composa un monumental Requiem à douze voix, aujourd’hui perdu. En 1628, Sebastián López de Velasco en réalisa une version à huit voix destinée à diffuser cette splendeur musicale dans le royaume.
La redécouverte, en 2021, de huit imprimés consacrés à ses œuvres, conservés notamment dans le fonds de la cathédrale de Puebla, au Mexique, et à la Bibliothèque nationale d’Espagne, a permis de faire renaître cette musique.
Seize chanteurs accompagnés d’un cornet et d’un basson restitueront sa polychoralité, sa puissance expressive et cette ferveur particulière au répertoire espagnol du début du XVIIᵉ siècle.
L’ensemble Vox Cantoris sera placé sous la direction de son fondateur, Jean-Christophe Candau. Membre depuis 1996 de l’ensemble Organum de Marcel Pérès, référence internationale dans l’interprétation des répertoires médiévaux, il possède une connaissance approfondie du chant mozarabe, du chant byzantin et des traditions musicales du Moyen Âge européen.
Il a fondé Vox Cantoris en 2000 afin de faire redécouvrir la musique liturgique de l’Ancien Régime, du XIIIᵉ au XVIIIᵉ siècle. Une vingtaine d’enregistrements, largement salués par la critique, témoignent du travail accompli.
Spécialiste reconnu du plain-chant des XVIᵉ, XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles, Jean-Christophe Candau intervient également dans des masterclasses et des programmes de recherche. Passionné par la transmission, il anime depuis une quinzaine d’années des stages d’initiation au plain-chant et à la polyphonie en France comme à l’étranger.
C’est également lui qui créa, en 2009, le Festival de Musiques Anciennes de La Réole, dont il assure toujours la direction artistique.
Dix-huit ans et un nouveau souffle
Pour célébrer sa majorité, le Festival des Riches Heures de La Réole ne s’offre donc pas une rétrospective, mais un nouveau voyage.
Un voyage porté par les voix, les instruments, les manuscrits retrouvés et la volonté de transmettre. Un voyage entre patrimoine populaire et musique savante, créations contemporaines et œuvres ressuscitées, jeunes interprètes et artistes confirmés.
Du 25 au 27 septembre, il suffira de tendre l’oreille et de reprendre son souffle. N’est-ce pas Poppy ?

Festival des Riches Heures de La Réole
Du 25 au 27 septembre 2026
Gironde-sur-Dropt, Saint-Michel-de-Lapujade et La Réole
- Atelier de chant corse et animations gratuites en marge des concerts
- Café-rencontre « Deux maires, une passion commune : faire rayonner la culture dans sa ville » — samedi 26 septembre, de 14 h à 15 h, à La Petite Populaire, La Réole. Rencontre gratuite et ouverte à tous.




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